MESSAGE DE LA COMMISSION DE LA CEDEAO
Depuis 1993, l’Organisation des Nations Unies organise le 22 mars de chaque année la Journée Mondiale de l’Eau. Cette initiative met à l’honneur cette ressource essentielle pour la survie de l’homme, la santé et la dignité, tout en alertant sur une situation préoccupante : plus de 2 milliards de personnes n’ont toujours pas accès à une eau potable gérée en toute sécurité. L’opportunité de cette journée est saisie pour révéler les mesures prises par les Etats pour lutter contre la crise mondiale de l'eau, et contribuer à l’atteinte de l'Objectif de Développement Durable (ODD) n° 6 : l'eau et l'assainissement pour Tous d'ici à 2030.
Pour 2026, le thème retenu est « l’eau, source d’égalité ».
La crise de l’eau affecte l’ensemble des populations mondiales, mais de manière inégale. Le manque d’accès à l’eau potable et à l’assainissement aggrave les inégalités existantes. Il touche particulièrement les femmes et les jeunes filles, qui assurent l’essentiel des tâches liées à la collecte, à la gestion de l’eau et aux soins liés aux maladies hydriques. Ces responsabilités ont un impact direct sur leur santé, leur sécurité et leurs opportunités, alors même qu’elles restent largement exclues des processus décisionnels et des financements dans le secteur de l’eau. Ceci est particulièrement vrai dans le cas de l’Afrique de l’Ouest et est source d’une grande préoccupation.
Les pays de l’Afrique de l’Ouest qui se sont résolument engagés dans un processus régional de Gestion Intégrée des Ressources en Eau (GIRE) depuis l’historique Conférence Ouest-Africaine sur la GIRE (COA-GIRE) tenue à Ouagadougou en mars 1998, ont accompli au cours des dernières décennies d’importants efforts en matière de prise en compte du genre, de la jeunesse et des groupes vulnérables. On peut citer entre autres :
Ø l’adoption de la Politique des Ressources en Eau de l’Afrique de l’Ouest (PREAO) en 2008 qui intègre le genre comme le principe selon lequel l’intérêt et les contributions des femmes, des jeunes et des couches vulnérables dans la société, sont pris en compte dans la formulation des politiques, le développement des capacités, la planification, le développement et les opérations d’investissements dans le secteur de l’eau ;
Ø l’adoption de politiques sectorielles de l’eau et de l’assainissement, intégrant des objectifs de genre et d’inclusion dans un grand nombre de pays de la région ;
Ø la mise en œuvre d’importants programmes notamment le Programme Eau Climat Développement et Genre ou le Projet Spécial « Amélioration de l’accès à l’eau potable au profit des populations vulnérables des Etats Membres de la CEDEAO » financé sur fond propre de la CEDEAO.
La gouvernance de l’eau en Afrique de l’Ouest se situe aujourd’hui à un tournant décisif. Face aux effets croissants du changement climatique, à la pression démographique, à la concurrence accrue entre les usages de l’eau et aux fragilités socioéconomiques persistantes, il apparaît clairement que les approches traditionnelles, essentiellement techniques et centralisées, ne suffisent plus. L’intégration effective du genre, de la jeunesse et de l’inclusion sociale n’est pas seulement une exigence d’équité, mais une condition fondamentale de durabilité, d’efficacité et de stabilité des politiques et actions liées à l’eau.
Les femmes, les jeunes et les communautés vulnérables occupent une place centrale dans la gestion quotidienne de l’eau, tout en demeurant insuffisamment représentés dans les espaces de décision. Cette situation crée un décalage entre les besoins réels des populations et les réponses institutionnelles apportées, limitant ainsi l’impact des investissements et fragilisant la cohésion sociale.
À l’inverse, les expériences menées dans plusieurs pays et bassins de la région démontrent qu’une gouvernance plus inclusive améliore la pertinence des décisions, renforcent l’appropriation locale et contribuent à la prévention des conflits liés à l’eau.
Pour accélérer le changement vers une gestion plus juste et inclusive, il urge aujourd’hui d’opérer une transformation systémique des modes de gouvernance reposant sur des cadres juridiques plus contraignants, des institutions mieux coordonnées, des mécanismes de financement durables, des outils de suivi-évaluation sensibles au genre et à la jeunesse, ainsi que sur une remise en question progressive des normes sociales excluantes. Elle exige également un renforcement continu des capacités des acteurs locaux, véritables piliers de la mise en œuvre des politiques de l’eau.
Promouvoir une gouvernance de l’eau réellement inclusive en Afrique de l’Ouest revient à faire de l’eau un vecteur de justice sociale, de développement économique et de paix durable. Cela implique un engagement fort et concerté des États, des Organisations de Bassins Transfrontaliers, des collectivités territoriales, de la société civile, du secteur privé, ainsi que des femmes et des jeunes eux-mêmes.
Et c’est bien dans cette optique, que la thématique genre, jeunesse et inclusion sociale a été inscrite en bonne place dans l’agenda de la 1ère Edition du Forum Régional de l’Eau de l’Afrique de l’Ouest (FREAO) qui aura lieu au mois de septembre 2026 à Abidjan, en Côte d’Ivoire, sous le thème « Valorisons l’eau pour transformer l’Afrique de l’Ouest ».
Le Centre de Gestion des Ressources en Eau de la CEDEAO